L’enseignement à Kanshoji

La spécificité du zen est la transmission de l’enseignement bouddhiste en dehors des écritures, de personne à personne.

À Kanshoji, l’enseignement est donné par Taiun Jean-Pierre Faure, qui a reçu la transmission du Dharma de Dônin Minamisawa Roshi, vice-zenji du temple de Eiheiji.

L’enseignement de Taiun Jean-Pierre Faure s’appuie sur celui de Shakyamuni Bouddha réécrit à chaque époque.
Il prend les différentes formes traditionnelles du zen sôtô (voir aussi page « Bouddhisme Zen Sôtô »).

Tous les enseignements sont traduits en anglais.

Kusen

Enseignement oral donné durant zazen

Le kusen est l’enseignement oral donné par le maître pendant zazen.

Ce n’est pas de la littérature. Les phrases sont simples, courtes, directes. Le kusen s’adresse au cerveau profond, au cœur du disciple ; le disciple ne doit pas chercher à le comprendre par le mental.

Si l’on regarde zazen de l’extérieur, on ne comprend pas. Les gens me disent parfois : « Mais vous perdez votre temps, assis à ne rien faire… » Pratiquer zazen, c’est pratiquer la condition normale de l’esprit. L’opposé de la condition normale, c’est la folie.

Nulle part, on ne nous apprend à faire avec des émotions négatives, comme la colère, la haine, la peur, la jalousie, l’insatisfaction, le désir d’en vouloir toujours plus. Ni à l’école, ni à l’université, ni dans la société, on ne nous apprend à nous libérer des passions affligeantes. Certaines personnes se lèvent avec une pensée, un désir qu’elles gardent toute la journée. Et le lendemain, elles se réveillent avec ces mêmes pensées. Impossible de se libérer des pensées obsédantes, comme le désir de revanche, les regrets, la colère – impossible de s’en libérer.

L’état du monde dépend de l’esprit des êtres humains. Les guerres dépendent de l’état d’esprit des êtres humains. L’état de la planète, la disparition des animaux, la pollution des océans, tout cela provient de l’avidité des êtres humains. Pratiquer zazen, c’est revenir à la condition normale de l’esprit.

Dans l’univers, tout est dans la condition normale, sauf l’être humain. Tout vit en interdépendance, tout vit l’impermanence  – sauf l’être humain, qui ne peut pas lâcher son avidité, parfois sa colère, parfois sa bêtise. À la fin, zazen est plus important pour l’humanité que la respiration même.

Pourquoi est-ce si difficile pour l‘être humain de retourner à la condition normale de l’esprit ? Parce que l’être humain est un être pensant. C’est sa grandeur, mais c’est sa faiblesse aussi. À partir de la pensée, on peut imaginer devenir le maître du monde. On peut inventer toutes sortes de moyens pour exploiter toutes les existences. On peut inventer tous les moyens de détruire ce qui nous gêne.

Le point important, c’est d’avoir une pensée qui soit en accord avec la réalité de l’univers. Comme le disait Rabelais : « Science – toutes les activités de l’être humain – sans conscience n’est que ruine de l’âme. »

Mais avant d’être un être pensant, nous sommes un être vivant. Nous ne devons jamais oublier notre côté vivant. Zazen nous rappelle à la vie pure, à l’existence pure, nous rappelle qu’avant d’être un être pensant, nous sommes un être vivant.

Zazen nous demande de revenir à la vie d’avant que les pensées ne se lèvent. Passer de pensée en pensée en pensée en pensée… c’est rentrer dans le cycle de la folie. C’est s’écarter de plus en plus de la réalité. Une pensée juste provient de l’état vivant. Il est important de revenir sans cesse à l’état vivant, à l’existence pure. C’est-à-dire à la condition normale de l’esprit : une pensée qui vient de la non-pensée et qui retourne à la non-pensée.

Penser à partir de la non-pensée, c’est la condition normale de l’esprit. Vivant, pensant, vivant, pensant : c’est ce que nous faisons en zazen, où nous laissons apparaître les pensées d’elles-mêmes, et nous les laissons disparaître d’elles-mêmes. Penser du fond de la non-pensée. La pensée juste est une alternance permanente, de pensée, de non-pensée, de pensée, de non-pensée.

Continuer de pensée en pensée, nous amène à la folie. Ne pas savoir lâcher prise à nos pensées n’est pas la condition normale. Être attaché à une pensée sans pouvoir s’en débarrasser, c’est ce que fait un petit enfant, qui pique un caprice. Autant on peut pardonner à un petit enfant, autant c’est dramatique quand un adulte ne peut pas lâcher prise à sa colère, à ses désirs, à sa bêtise.

Comprenez bien que la pensée juste doit être au service du vivant. C’est ce que nous apprenons à faire en zazen. Penser du fond de la non-pensée. Une pensée provient de la non-pensée et retourne à la non-pensée. Telle est la condition normale de l’esprit. Être incapable de lâcher une pensée, c’est la folie.

Retourner à la condition normale de l’esprit est la chose la plus importante dans notre vie. Le type qui sort dans la rue avec un fusil et qui arrose toutes les personnes qu’il rencontre, c’est une personne qui a perdu la raison. Il est passé d’une pensée haineuse à une pensée haineuse, jusqu’à ce qu’il passe à l’action.

S’il vous plaît, comprenez le fonctionnement de l’esprit. Zazen est plus important pour l’humanité que la respiration elle-même. Zazen permet la respiration de l’esprit. Dans la respiration, il y a deux aspects : l’inspiration et l’expiration. La respiration de l’esprit, c’est pareil. Une pensée apparaît, et une pensée disparaît. C’est la condition normale du vivant, de l’être humain vivant. À l’inspiration, une pensée apparaît ; à l’expiration, la pensée disparaît.

La condition normale de l’esprit s’installe à partir du moment où vous ne vous préoccupez pas de ce qui apparaît à l’esprit et de ce qui disparaît de l’esprit.

Taiun JP Faure, Juin 2021.

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L’esprit des sommets

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Dans le marécage des opinions

Le grand éléphant* qui s’est embourbé, celui qui est allé trop loin dans le marécage des opinions n’a d’autres recours que de reculer, de trouver la force par lui-même ; personne ne peut le faire à sa place, il devra utiliser…
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Faire ce que nous avons à faire

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Chosan

Rencontre avec l’abbé

Le maître parle librement du Dharma en présence de ses disciples, autour d’une tasse de thé.
Enseignement en relation avec les situations rencontrées chaque jour.

Un monastère n’est pas grand parce qu’il a beaucoup de disciples.
Il est grand parce qu’on y pratique chosan chaque jour.
Maître Dôgen

Zen et psychanalyse

" [...] Le zen est un tout autre propos, qui n’est pas de réparer l’égo, de le rendre compatible avec la société avec ses semblables. Le zen s’occupe de problèmes d’une autre nature [...]"

Shôsan sur le bouddhisme engagé

Les prémices de ce shôsan sont un film, Le vénérable W, à propos d'un moine birman qui incite au racisme à l'égard de l'Islam. J'ai des réserves à l'égard du bouddhisme engagé qui glisse vers la politique. Ce moine, qui montre…

Mondo

Questions / Réponses

Le mondo est l’occasion pour le disciple de poser une question au maître sur des aspects de l’enseignement et de sa réalisation dans la vie quotidienne.

Teisho

Enseignement bouddhiste sous forme de conférences

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Foire Aux Questions

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Il n’y a pas d’esprit sans corps, il n’y a pas de corps sans esprit. Ce sont en fait deux aspects d’une seule et même réalité.
Quand corps et esprit sont unifiés, nous restons présents à l’ultime réalité, comme Bouddha Shakyamuni le dit si bien : “le son entendu et celui qui l’entend sont aussitôt oubliés”. C’est ce que nous prenons l’habitude de faire en zazen.
Ce qui revient à dire que, quelle que soit la situation dans laquelle nous sommes plongés, nous y sommes totalement ouverts, disponibles.
Quand nous laissons passer tout ce qui apparaît à la conscience, sans fuir ni rejeter quoi que ce soit, rien de nous sépare de la réalité. Corps et esprit en unité, nous devenons un avec toutes les existences de l’univers. C’est à partir de l’unité avec toutes les existences que nous pouvons leur répondre avec sagesse et compassion.

Zazen n’est pas au service de quoi que ce soit. Zazen n’est que la manifestation de l’ultime réalité qui n’a pas de fin en soi. Amener en nous cette dimension ultime  a le pouvoir de changer notre vie… On prend conscience alors que nos points de vue, nos conceptions, nos interprétations sont toutes relatives et qu’en aucun cas elles ne doivent être confondues avec l’ultime réalité.

Une vision fausse de la réalité nous fait croire que toutes choses de la vie sont permanentes, solides, ayant une existence propre, indépendante des autres. Alors que c’est tout le contraire.
La réalité, c’est que toute chose de la vie est impermanente, existe en interdépendance avec toutes les autres, n’a pas d’existence séparée des autres.

Le Bouddha enseigne que c’est nous, par notre ignorance, notre avidité et notre aversion, qui causons notre propre souffrance. En corollaire, il affirme que nous pouvons échapper à notre souffrance en nous libérant de ces trois souillures appelées encore trois poisons.
L’ignorance (l’égarement) :
C’est être aveugle à la vraie nature de la vie, à la vraie nature de toutes choses, appelée nature de Bouddha. Cette ignorance nous empêche de mener notre vie de façon juste et harmonieuse car nous ne voyons pas la réalité telle qu’elle est.
L’avidité (la convoitise) :
Négligeant notre véritable nature et celle de toute chose, nous ne connaissons pas le sentiment satisfaisant de paix et de plénitude. Il en résulte un état de frustration et de manque qui nous pousse à rechercher le bonheur dans la possession de biens matériels, de positions dans la société,  de renommée, de reconnaissance, etc.
L’aversion (colère, violence, haine…)
Ignorant l’état d’éveillé, nous en venons à accuser les autres , à avoir de l’aversion pour tout ce qui nous dérange et à faire preuve de colère et de haine vis-à-vis de l’extérieur.
C’est parce que nous suivons, souvent sans le savoir, les trois poisons que nous entretenons avec le monde des relations pas justes qui empêchent notre épanouissement et celui des autres.

La pratique de la voie du Bouddha consiste à agir avec sagesse et compassion. Cela se réalise quand nous nous libérons des trois poisons — que sont l’ignorance, l’avidité, l’aversion — et de tous les flux toxiques qui en découlent. Dans ce cas, nous ne sommes plus enfermés dans nos pensées égoïstes et de ce fait pas séparés des autres existences. Nous voyons les autres tels qu’ils sont avec leurs joies et leurs peines ; nous éprouvons l’envie de les aider dans leur souffrance. Être dans la compassion, c’est être en unité avec l’autre. La rivière du don coule alors naturellement et librement entre toutes les existences. Libérés des trois poisons, la vertu du don se manifeste d’elle-même. C’est une caractéristique du fonctionnement de Bouddha.

Poèmes

Emissions Sagesses Bouddhistes

  • Kanshoji, monastère zen dans le Périgord Vert
  • Quelle place et quel sens donner à la vie monacale ?
  • Comprehension du Bouddhisme par les occidentaux, difficultés et pièges.
  • La relation maître disciple
  • La résonance dans la voie du Bouddha
  • Le désir d’appropriation, sources de toutes les souffrances