Un sutra enseigne que prendre soin des êtres vivants demande de voir ses erreurs et de les abandonner. Nous commettons toutes sortes de petites erreurs sans le voir, sans le savoir. Nous avons toutes sortes de mauvaises habitudes que nous ne remettons pas en question. Le sutra continue en disant : notre plus grand aveuglement est de croire qu’on ne fait rien de mal, qu’on ne fait rien de blessant, qu’on ne fait rien de stupide.
On raconte des histoires qui nous mettent en valeur, on fait porter nos erreurs aux autres. On séduit parfois les autres pour pouvoir en tirer avantage. On critique les autres pour se mettre soi-même en valeur. On fait semblant d’être gentil, alors que l’on ne l’est pas du tout. Nous faisons donc toutes sortes de petites erreurs, mais à notre insu, sans le savoir. Notre plus grand aveuglement est de croire qu’on ne fait rien de mal, que l’on fait tout bien.
À l’inverse de cette attitude, reconnaître ses erreurs, c’est ouvrir les portes de la vérité, c’est s’ouvrir à la réalité. Pratiquer les préceptes bouddhistes, c’est faire attention à ne pas agir animé par l’ignorance, l’avidité, et l’aversion. Voir ses erreurs est nécessaire mais pas suffisant. Nous devons voir nos erreurs et les abandonner. Voir qu’on ne respecte pas, qu’on n’observe pas les préceptes dans tous les aspects de notre vie. Voyant cela, décider d’abandonner ces fonctionnements néfastes.
À ce moment-là, en zazen, l’esprit en paix, nous pouvons poursuivre l’exploration profonde et silencieuse des causes et des conditions de l’existence. Rentrer dans le zazen l’esprit en paix, et à partir de là, voir la véritable nature de toutes choses, c’est-à-dire voir la trame immense de la réalité, la trame immense de l’interdépendance entre tous les phénomènes : poursuivre l’exploration profonde et silencieuse des causes et conditions de l’existence.
Cette pratique concerne zazen, mais aussi chaque instant de notre vie quotidienne. À tout moment, voir les souillures, voir les illusions apparaître à notre esprit, et à tout moment, les reconnaître et les abandonner. Cesser de vouloir combattre les illusions si elles nous déplaisent ; cesser de vouloir les garder si elles nous plaisent. C’est cela vivre comme un éveillé. Cesser d’être emporté à notre insu par notre karma, par nos souillures habituelles. Comme je l’ai dit hier, il ne s’agit pas de détruire les illusions, mais de ne pas entretenir de relation d’aversion ou d’avidité avec elles.
Penser que la voie du Bouddha, que la pratique de l’Éveil ne nous concerne pas, c’est notre plus grand aveuglement. Croire qu’on ne fait rien de mal, qu’on ne fait rien de blessant, pour soi et pour les autres, qu’on ne fait rien de stupide, c’est notre plus grand aveuglement.
Reconnaître ses erreurs, particulièrement celles qu’on ne voit pas, qu’on ne voit pas ordinairement, correspond à la première cérémonie d’entrée dans la voie du Bouddha, celle qui a lieu avant de recevoir les préceptes. Lors de cette cérémonie, nous reconnaissons que depuis des temps immémoriaux, nous agissons, nous parlons, nous pensons, motivés par l’ignorance, l’avidité et l’aversion. Nous le reconnaissons et nous décidons d’être vigilant, à chaque instant.
Taiun JP Faure, Juillet 2026
