Les maîtres zen mettent à la première place l’être humain totalement vivant, plutôt que l’être humain pensant.

Maître Dôgen écrit : « Celui qui a foi dans la Voie du Bouddha est convaincu que le soi est contenu dans la Voie depuis le commencement. »

Celui qui s’assied en zazen recherche l’état totalement vivant du début jusqu’à la fin. Il a foi dans le fait qu’il est dans la Voie depuis toujours. Il est convaincu au plus profond qu’il est libre de tout désir illusoire, libre de toute vision erronée, de tout excès, de toute insuffisance, de tout manque, de toute erreur. Il est comme toutes les formes de l’univers : une existence pure.

Si l’on n’est pas convaincu de cette réalité, on ne prend pas la bonne direction.

Bien sûr, nous devons par nous-même susciter cette foi, clarifier cette direction et la suivre. Ainsi, ici et maintenant, nous nous tenons paisiblement, immobile, la tête sur les épaules, sans nous laisser entraîner par l’esprit discriminant ni par la compréhension intellectuelle. Seulement, faire l’expérience de la vie, en étant totalement vivant.

Bouddha a dit : «  Tel que vous êtes, au plus profond de vous, vous êtes parfait. » Mais, la plupart du temps, la pensée tourne autour du moi et du mien : « Dites-moi que je suis bien… Dites-moi que vous m’aimez… » On se vante, on pense à donner aux autres la meilleure image de soi. On en vient à croire ses mensonges. On ne soupçonne pas que l’on pourrait vivre sans nous appuyer sur notre avidité ordinaire. On croit que vouloir est le moteur pour faire les choses. C’est parce qu’on n’a pas foi dans le fait qu’au fond de soi, il y a quelque chose qui est totalement vivant, pur, absolu.

Maître Wanshi parlait de zazen comme du pivot de Bouddha : quelque chose tourne sans cesse, rien n’est fixe, c’est totalement dynamique, que c’est naître et mourir en même temps. Ce mouvement, cette activité spontanée est sans forme, puisqu’en même temps, ça meurt et ça naît.

Arriver à cette dimension originelle de notre esprit insaisissable, qui est pure sagesse et pure compassion, demande de ne pas bouger d’un cheveu, demande aussi de ne pas s’assoupir.

Maître Dôgen dit : « Maîtriser son esprit, ne pas le laisser divaguer dans l’agitation mentale ou la somnolence est extrêmement difficile. L’intellect, la volonté, la conscience, la mémoire, l’imagination, la réflexion ne sont d’aucune utilité pour accéder à la dimension originelle. Ainsi, sans avoir recours à ces méthodes, entrez dans la Voie du Bouddha en unifiant votre corps et votre esprit. »

Pour pénétrer la Voie du Bouddha, il suffit de renoncer à toute discrimination, à tout commentaire sur ce qui apparaît et disparaît, il suffit d’unifier corps et esprit, c’est-à-dire ramener l’esprit en tout point de la posture du corps-esprit, ni affaissé, ni trop tendu, ni agité, ni somnolent, ni dans la pensée, ni dans la non-pensée. Ne pas laisser d’espace entre le corps et l’esprit. Ne pas laisser d’espace pour la distraction par la pensée ni pour la somnolence.

Dôgen dit alors : « Dès que la compassion tient en respect le flot de la conscience discriminante, le son entendu et celui qui entend sont instantanément oubliés. »

Taiun JP Faure – samedi 31 mars 2018

 

 

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